Rencontre avec Veronica Brown, sophrologue
Le stress fait aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien et ses effets dépassent largement le simple état de fatigue. Prise de poids, fringales émotionnelles, tensions corporelles… notre corps exprime souvent ce que notre esprit retient.
Sophrologue spécialisée dans l’accompagnement du bien-être et de la relation au corps, Veronica Brown qui a créé sa méthode Alignée, nous éclaire sur les liens entre stress, émotions et métabolisme, et nous explique comment la sophrologie peut devenir un véritable allié pour retrouver un équilibre durable, sans pression ni culpabilité.

« Si vous vous sentez triste ou en colère, vous pouvez manger pour compenser, remplir un vide ou vous apaiser. »
1. En quoi le stress et les émotions influencent-ils directement la prise de poids ?
Le stress et les émotions ont une influence sur la prise de poids principalement pour ces trois causes très simples à comprendre. D’abord, le stress augmente une hormone appelée cortisol, qui favorise à elle seule le stockage des graisses. De plus, cette hormone stimule l’appétit pour le sucre et le gras, car en cas de stress, notre corps cherche à faire des réserves pour nous sécuriser.
Ensuite, notre comportement change en cas d’émotions fortes. Si vous vous sentez triste ou en colère, vous pouvez manger pour compenser, remplir un vide ou vous apaiser. C’est un réconfort facile qui soulage immédiatement. Le cerveau a appris qu’en grignotant ou en mangeant du chocolat, la sensation désagréable s’apaise pendant quelques instants.
Enfin, le métabolisme est perturbé et ralentit. Quand on est stressé, le sommeil en est affecté. Le stress et le manque de sommeil dérèglent deux hormones clés qui contrôlent la faim : la ghréline augmente et signale au cerveau qu’on a faim, tandis que la leptine, qui contrôle la satiété, diminue. On mange donc plus que nécessaire, ce qui favorise le stockage et la prise de poids.
2 Pourquoi le stress favorise-t-il souvent un stockage des graisses au niveau du ventre ?
La production de cortisol est assurée par les glandes surrénales, situées juste au-dessus des reins. C’est l’ennemi d’une taille fine. Comme on l’a vu, le stress fait monter le cortisol, et cette hormone active les enzymes de stockage des graisses, comme la lipoprotéine lipase.
En cas de stress chronique, on observe effectivement une augmentation de la graisse viscérale au niveau du ventre. Pourquoi spécifiquement au niveau du ventre ? Parce que la graisse viscérale est particulièrement concentrée autour de cette région, près du foie et des intestins. Probablement parce qu’elle sert de « réserve » énergétique et de protection pour les organes vitaux situés dans l’abdomen. Quand le corps se sent en danger, il a besoin de constituer des réserves énergétiques, des stocks de graisse, et le stress le place en état d’alerte.
En résumé, le stress chronique crée un terrain hormonal et comportemental qui favorise l’accumulation de graisse abdominale chez de nombreuses personnes. Cela s’accompagne aussi de fringales et d’envies de gras et de sucre, comme on l’a vu précédemment. Ces aliments stimulent la production d’insuline, une hormone qui favorise également le stockage des graisses au niveau abdominal. Et voilà pourquoi on ne grossit pas des oreilles.
« Une respiration lente et profonde aide à réguler le stress et le système nerveux. »
3. On parle beaucoup de “brûler les graisses”. Comment le corps fonctionne-t-il réellement pour perdre du poids ?
Il faut se méfier de l’expression « brûler les graisses ». En réalité, la graisse ne disparaît pas par la transpiration comme on le croit souvent. Pour produire de l’énergie, la graisse est oxydée selon un processus chimique.
La graisse est stockée sous forme de triglycérides, composés de carbone, d’hydrogène et d’oxygène, qui se décomposent chimiquement. Le carbone est éliminé sous forme de dioxyde de carbone (CO₂) rejeté par les poumons, et l’hydrogène sous forme d’eau.
Selon une étude publiée dans le British Medical Journal en 2014 par Ruben Meerman et Andrew Brown, environ 84 % de la masse grasse perdue est expirée sous forme de CO₂.
Mieux respirer peut avoir un rôle important. Une respiration lente et profonde aide à réguler le stress et le système nerveux. Or, le stress chronique perturbe l’appétit, favorise les fringales et dérègle certaines hormones impliquées dans le stockage des graisses.
Donc, la respiration ne fait pas fondre la graisse par magie. Mais en apaisant le stress, elle peut contribuer à créer un terrain plus favorable à l’équilibre métabolique et à la stabilité du poids.
« La sophrologie calme le système nerveux, ce qui permet de réguler les fringales et les émotions. Elle favorise aussi un meilleur sommeil. »
4. Et comment la sophrologie peut-elle accompagner ce processus naturellement ?
La sophrologie ne provoque pas directement une perte de poids, mais elle agit sur plusieurs facteurs liés à la prise de poids, notamment le stress, les émotions et la relation au corps, appelée en sophrologie le schéma corporel.
Grâce à des techniques comme la respiration diaphragmatique contrôlée, la détente musculaire et les visualisations, les effets sur le stress et l’anxiété se font sentir rapidement, parfois immédiatement.
La sophrologie calme le système nerveux, ce qui permet de réguler les fringales et les émotions. Elle favorise aussi un meilleur sommeil.
Le corps retrouve ainsi un métabolisme plus équilibré et mieux régulé, tandis que les hormones se stabilisent. De plus, la sophrologie aide à développer une relation plus apaisée et bienveillante avec son corps, sans jugement.
Tout cela crée un cercle vertueux d’actions positives, facilitant une régulation naturelle et durable du poids.
« L’inconscient peut croire que prendre du poids nous rend plus forts, plus résistants face aux difficultés. »
5. Tu évoques souvent le rôle de l’inconscient dans l’amincissement. Que veux-tu dire par là ?
Quand je parle d’inconscient, je fais référence à cette partie immergée de l’iceberg qui influence nos comportements sans que nous en ayons toujours conscience.
Nos habitudes alimentaires se construisent dès l’enfance, parfois même la toute petite enfance. Elles sont façonnées par des messages plus ou moins explicites de notre entourage : « Ne te ressers pas », « Finis ton assiette, pense aux enfants qui n’ont rien» ou encore « Tiens, un bonbon » pour calmer une colère. Sans oublier les surnoms comme « bouboule » et autres, entendus à l’école ou en famille.
Ces phrases, souvent anodines, deviennent des croyances ancrées dans l’inconscient. Elles associent la nourriture à des émotions : manger pour se rassurer, pour être aimé, pour ne pas décevoir, ou au contraire, se restreindre pour plaire. Dans certaines familles, la nourriture est synonyme d’amour : donner à manger, c’est donner de l’affection.
En hypnose, je travaille précisément sur ces mécanismes inconscients. L’hypnose permet d’accéder à ces associations d’idées, à ces schémas installés malgré nous. Par exemple, on peut remplacer une émotion difficile, autrefois compensée par la nourriture, par une autre réponse : marcher, respirer, ou toute autre action plus adaptée. Dans un processus d’amincissement, cette approche change radicalement la donne, car elle s’attaque aux blocages profonds plutôt qu’aux symptômes.
Le véritable frein n’est souvent pas le manque d’information. C’est un système ancien, émotionnel, qui continue de se rejouer en arrière-plan. Parfois, c’est même un mécanisme de protection : l’inconscient peut croire que prendre du poids nous rend plus forts, plus résistants face aux difficultés. Il agit avec de bonnes intentions, mais pas toujours dans notre intérêt.
Il faut apprendre à dialoguer avec lui, à le rassurer. Travailler sur cette partie immergée de l’iceberg permet d’agir à la racine, et non plus seulement en surface.
Par Sandra Fourqui
Actualité :

Retrouvez la suite de l’article dans Liberty’s Magazine numéro 7.

Pour suivre Veronica Brown @veronicabrown_alignee
