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Oser être soi : le message d’Audrey Akoun aux femmes neuroatypiques

Oser être soi : le message d’Audrey Akoun aux femmes neuroatypiques

Longtemps méconnues ou mal diagnostiquées, les neuroatypies au féminin suscitent aujourd’hui un intérêt grandissant. Haut potentiel, TDAH, troubles du spectre de l’autisme ou encore hypersensibilité : ces fonctionnements atypiques concernent de nombreuses femmes qui, pendant des années, ont appris à masquer leurs différences pour répondre aux attentes de leur entourage.

Thérapeute, auteure et spécialiste reconnue des neuroatypies au féminin, Audrey Akoun accompagne depuis de nombreuses années les femmes en quête d’une meilleure compréhension d’elles-mêmes. À travers son approche bienveillante et son expertise, elle aide chacune à transformer ce qui a longtemps été perçu comme une différence en une véritable force.

À l’occasion de cette rencontre, elle nous éclaire sur les enjeux du diagnostic, les défis du quotidien et les clés pour enfin s’autoriser à être pleinement soi-même.

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TDAH, HPI, hypersensibilité… et si vous étiez concernée ?

Avant de devenir une référence dans l’accompagnement des neuroatypies au féminin, quel a été votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de consacrer votre carrière à ces profils atypiques, et plus particulièrement aux femmes ?

J’ai grandi dans la course à la performance. Réussir, exceller, cocher les cases. J’ai coché : diplôme de notaire, statut, façade impeccable. Et à côté de ça, une vie personnelle en forme de champ de bataille. Quatre enfants de trois pères différents. Personne autour de moi ne faisait le lien entre la brillante et la chaotique. Moi non plus.

Le vrai déclencheur, ce sont mes enfants. Mes garçons surtout. Brillants, vifs, curieux, et une école qui leur demandait d’entrer dans un moule taillé pour d’autres cerveaux. J’ai cherché des solutions et j’ai découvert un paysage sidérant : les enfants neuroatypiques étaient mal compris, réduits à un problème de comportement. J’en ai fait ma spécialité, mes livres, ma pratique.

Puis j’ai vu défiler des centaines de mamans d’enfants neuroatypiques. Épuisées. Elles venaient pour leur enfant et repartaient avec une question qui les concernait, elles. Parce qu’en écoutant l’histoire de l’enfant, on entendait la leur.

Les femmes neuroatypiques sont les grandes oubliées de la médecine moderne. Moi la première : diagnostic à 37 ans, après deux gros burn-out. La performance tient. C’est bien ça le problème. Elle tient jusqu’au jour où elle lâche d’un coup.

On parle de plus en plus des neuroatypies chez les femmes. Pourquoi sont-elles encore si souvent diagnostiquées tardivement, et quels sont les signes qui devraient alerter ?

Parce que nous avons construit toutes nos grilles de lecture à partir d’un seul modèle : le garçon de huit ans qui bouge trop en classe. Tout le reste est passé à travers les mailles ou rain man pour les autistes  

Les garçons dérangent, donc on les repère. Les filles rêvent, rangent leur trousse douze fois, sur-travaillent, s’excusent d’exister. Elles restent invisibles. Les chiffres le disent : dans l’enfance on diagnostique 2 à 3 garçons pour 1 fille, et à l’âge adulte le ratio revient à 1 pour 1.  Les femmes arrivent vingt ans plus tard, par la porte de l’effondrement.

Les signaux qui doivent alerter : une fatigue disproportionnée présente depuis l’adolescence. Une réussite qui coûte une organisation surhumaine. Un empilement d’étiquettes successives, anxiété, dépression, troubles du sommeil, troubles alimentaires. Des symptômes qui varient avec le cycle et explosent en périménopause. Et cette phrase que j’entends chaque semaine : « Tout le monde me trouve solide, personne ne sait ce que ça me coûte. »

Vous accompagnez de nombreuses femmes HPI, TDAH, TSA ou hypersensibles. Quels sont les défis les plus fréquents qu’elles rencontrent au quotidien, notamment dans leur vie personnelle et professionnelle ?

Le décalage. Ces femmes livrent un travail remarquable, dans la douleur, à la dernière seconde, après trois nuits blanches. Le monde voit la performance. Elles vivent le chaos qui la précède.

La charge mentale au carré. La société confie aux femmes l’anticipation, la coordination, l’intendance, exactement les fonctions cérébrales les plus sollicitées chez elles. On demande à un cerveau en difficulté d’organisation de devenir le chef d’orchestre de toute la famille. Résultat : une culpabilité permanente.

Le corps, aussi. Sommeil fragmenté, digestion capricieuse, syndrome prémenstruel sévère, inflammation, coups de fatigue. Je travaille systématiquement ce terrain en santé fonctionnelle : ferritine, vitamine D, thyroïde, oméga 3, glycémie. Rétablir ce socle change la vie quotidienne.

Et une répartition d’énergie complètement absurde : quatre-vingts pour cent pour paraître normale, vingt pour cent pour le travail réel.

Le « masking », ou l’art de masquer ses différences pour s’adapter, est un sujet de plus en plus évoqué. Quelles peuvent être les conséquences de cette suradaptation sur la santé mentale et comment apprendre à s’en libérer ?

Le masking, c’est l’art de devenir la version acceptable de soi-même. Sourire au bon moment, préparer ses phrases avant une soirée, copier les codes, faire semblant que le bruit du restaurant est supportable. Les femmes excellent à ce jeu. Elles s’y entraînent depuis l’école primaire.

Le masking, c’est l’art de devenir la version acceptable de soi-même. Sourire au bon moment, préparer ses phrases avant une soirée, copier les codes.

Ça fonctionne. Voilà le piège. Ça fonctionne tellement bien que ça leur vole leur diagnostic, leur repos et parfois leur santé. La recherche montre que les femmes concernées camouflent davantage que les hommes, et que plus le camouflage est élevé, plus l’anxiété et les idées noires le sont aussi.  Les cliniciens eux-mêmes se laissent tromper : ces femmes camouflent jusque dans le cabinet du thérapeute.

S’en libérer demande de la méthode. Repérer d’abord où et avec qui le masque se porte, et à quel prix. Choisir ensuite un premier espace sûr, une amie, une pièce, une heure par jour. Remettre le corps en état, parce que poser le masque demande de l’énergie. Renégocier son environnement au travail et à la maison, puisque adapter le décor coûte moins cher que de se déformer soi-même. Enfin, reconstruire son identité. Beaucoup découvrent à quarante ans qu’elles ignorent qui elles sont sous le masque. C’est le travail le plus long et le plus libérateur.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux femmes qui se reconnaissent aujourd’hui dans ces profils neuroatypiques mais qui n’osent pas encore consulter ou entreprendre une démarche pour mieux comprendre leur fonctionnement ?

Beaucoup attendent d’être certaines avant de consulter. C’est l’inverse qui se passe : on consulte pour devenir certaine.

La fatigue est une information clinique. Elle raconte l’énergie dépensée depuis trente ans pour ressembler à une norme construite sans elles. Ce que ces femmes appellent paresse porte un autre nom : épuisement de compensation.

Le diagnostic reste un outil de compréhension et d’accès aux droits. Il éclaire, il ouvre, il répare des années de malentendu avec soi-même. Chacune garde la main sur ce qu’elle décide d’en faire.

Quant au bon moment, il est toujours maintenant. Beaucoup de femmes arrivent dans mon cabinet entre 40 et 50 ans, quand la périménopause fait sauter le système de compensation monté depuis l’enfance. Elles croient devenir folles. Elles deviennent simplement visibles.

Le premier pas tient à peu de chose : un questionnaire validé, une consultation avec une professionnelle formée aux neuroatypies au féminin, un bilan biologique. Comprendre son cerveau relève du droit élémentaire.

AUDREY AKOUN Psychothérapeute – Auteure – Formatrice – Chroniqueuse Experte en Psychologie Positive et Neurosciences
contact@audrey-akoun.com

https://www.audrey-akoun.com/

pour suivre Audrey @audreyakoun


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